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Angkor c'est d'immenses silhouettes que découpent de splendides couchers de soleil, des tours qui s'élancent dans le ciel bien au-dessus des "temples-montagnes " auxquels elles se rattachent. Mais c'est aussi une extraordinaire réalisation humaine dont le résultat final était à l'évidence plus important que les moyens d'y parvenir.

Les premiers temples étaient tous construits selon le même modèle d'inspiration indienne: une tour pyramidale de brique posée sur un socle non ornementé et portant un toit en encorbellement couronné d'une fleur de lotus en pierre. Les briques étaient produites sur place puis frottées les unes contre les autres afin d'obtenir une surface contigüe et bien lisse avant d'être posées: un simple mortier de poussière de brique et de chaux était utilisé pour les joints. Le briquetage était ensuite laissé nu ou était parfois légèrement enduit d'un crépi de couleur. Ce n'est qu'ultérieurement que ces temples furent dotés d'un stuckage ornemental et d'un jambage de porte en grès sculptés.

L'influence la plus forte que subit l'architecture khmère relève moins du domaine architectural que du symbolisme, en particulier celui associé au mont Méru, inspiré du concept indien. Ce symbolisme se retrouve autant dans la construction d'édifices au sommet de colline qu'au travers des constructions pyramidales des "temples montagnes". Certains temples sont ainsi constitués de 5 sanctuaires disposés en quinconce qui renvoient aux 5 pics du mont Méru, et reposent sur des plates formes représentant les continents, eux-mêmes entourés de douves symbolisant l'océan.

Ces édifices aux dimensions imposantes voient leur grandeur renforcée par l'utilisation de trompe l'oeil, comme le rétrécissement des marches qui mène au sanctuaire.

Mais avant de travailler la pierre, les Khmers étaient surtout d'excellent menuisier. Ce travail du bois se retrouve autant dans l'ornementation des bâtiments - aujourd'hui disparue comme à Angkor Vat - que dans les techniques de constructions qui empruntent nombres de procédés à la menuiserie. La brique apparaît alors comme une phase de transition entre l'utilisation du bois et celui de la pierre qui elle, permit la construction d'édifice monumentaux.

D'après les connaissances actuelles, la réalisation de telles oeuvres devait s'effectuer ainsi: les pierres étaient taillées dans une carrière, dont la principale est celle du Phnom Kulen, puis percée de plusieurs trous dans lesquels des coins de bois étaient enfoncés avant d'être humidifiés. Une fois gorgés d'eau, ceux-ci adhéraient fortement à la pierre. Ils étaient alors reliés par des tiges de plantes grimpantes ce qui permettait le levage des blocs par des éléphants qui les redéposaient sur des barques de bambou. Après un cheminement sur voie naviguable le même procédé étaient sans doute utilisé pour ammener chaque pierre à son emplacement définitif. Une fois l'architecture du bâtiment constitué venait ensuite le temps de l'ornementation. Les fenêtres étaient découpées et les jambages des portes taillés dans l'épaisseur des murs dont les sculpteurs venaient ensuite réaliser le décor: plusieurs groupes se succédaient, réalisant chacun les grandes lignes, l'ébauche puis les détails de l'ornementation finale. En dernier lieu, des fresques murales étaient peintes tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de certains monuments.

Malgré l'inspiration indienne des procédés de constructions utilisée, de nombreux défauts sont perceptibles et expliquent en partie la fragilité des monuments face à l'envahissement de la nature environante: l'absence d'alternance de joints entre des blocs alignés au lieu d'être disposés en quinconce, l'absence de liaison entre les murs intérieurs et leur parement extérieur, l'utilisation, pour certains monuments, de pierre de qualité inférieure et le ruisselement des eaux de pluies, ont conduit aux déchaussements, à la fissuration et à l'effondrement de tout ou en partie de certains édifices. Mais le dernier fléau en date est le pillage et les déprédations qu'il occasionne, aggrave encore l'état de ces temples en les défigurant à jamais.

Malgré tout, Angkor garde toute la magie des cérémonies qui s'y déroulèrent autant que de la vie qui l'animait, en un temps où l'Europe n'en était qu'à l'art roman: les efforts de restauration entrepris depuis 1920 et l'utilisation de l'anastylose ressucite les splendeurs de ce patrimoine unique.

 
 
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